un cuisinier heureux
DISTINCTION
MICHELIN
L'ÉTOILE QUI GUIDE LE PIRATE
RARES SONT LES TABLES CORSES ÉTOILÉES PAR LA BIBLE DES
GOURMETS QU'EST LE GUIDE ROUGE MICHELIN. REJOIGNANT CE CERCLE FERMÉ, JERRY
MONMESSIN EST UN CUISINIER HEUREUX ET HONORÉ QUE SON SAVOIR-FAIRE SOIT RECONNU.
PASSIONNÉS ET TRÈS TRAVAILLEURS, CE JEUNE CHEF DE 29 ANS ET SON ÉQUIPE OFFRENT
SA PREMIÈRE ÉTOILE AU RESTAURANT CAP-CORSIN « LE PIRATE » DIRIGÉ PAR
JEAN-PIERRE RICCI. CUISINE
INVENTIVE ET SAVOUREUSE, CADRE ENCHANTEUR ET QUALITÉ DES PRODUITS : TOUT EST AU RENDEZ-VOUS. CETTE HAUTE DISTINCTION EST CLAIREMENT MÉRITÉE. ELLE AUGURE DES JOURS DE DUR LABEUR ET DE PERFECTIONNISME MAIS AUSSI D'AMOUR D'UN NOBLE MÉTIER ET DE CRÉATIVITÉ PERPÉTUELLE AFIN DE GARDER CETTE ÉTOILE ET D'EN ACQUÉRIR PEUT-ÊTRE D'AUTRES...
A l'horizon, revient un
pêcheur qui tire des filets dans lesquels frétillent des poissons du Cap-Corse. Erbalunga s'éveille et déjà Nathalie
Esposito attend sur le quai l'un de ceux qui lui ramènent des rougets ou des dentis de premier choix. La charmante femme, cadre du restaurant
« Le Pirate », est chargée d'une partie des commissions
à accomplir. Son professionnalisme et son réseau de connaissances lui
permettent de gérer les tâches d'approvisionnement en produits frais et de
traiter avec tous les fournisseurs qui travaillent pour le restaurant.
Sa
mission est primordiale car quotidiennement, en
matinée, il faut faire les marchés l En effet, la spécificité de cette
table gastronomique est de ne proposer à ses convives que du frais. Aucune place n'est laissée au produit
ayant subi un quelconque conditionnement ou une congélation. Chaque
soir, une réunion de travail est organisée
pour lister les besoins en denrées
et le lendemain, inexorablement, il faut réapprovisionner les cuisines.
n Une
première étoile au Michelin
Le restaurant « Le Pirate »
était depuis 1997 une brasserie de luxe.
Puis en 2002, le pas est franchi et Jean-Pierre
Ricci décide de se lancer dans la
restauration gastronomique. II emploie aujourd'hui
une douzaine d'employés dans son établissement.
Surplombant le quai d'Erbalunga ouvert
sur la Thyrenéenne, la terrasse et la salle du restaurant offrent un cadre
enchanteur pour les gourmets qui
s'attardent et savourent leurs mets.
L'ambiance est idyllique. Stéphane Risterucci,
directeur de la salle, veille et organise tout dans les moindres détails. Jerry Monmessin, chef des cuisines, aidé par ses seconds Sébastien
Archanbault et Eric Gargam, met son savoir-faire au service d'une
cuisine aujourd'hui récompensée par une première étoile au Michelin. Cette récompense est dès lors un gage
de confiance pour tous.
— Carte
élaborée et menus de prestige
Tous les jours, la carte change au gré des envies du chef et de son équipe mais aussi et
surtout au regard des produits frais achetés quotidiennement.
Le restaurant ne possède pas de
congélateur, sauf un petit appareil pour les glaces maison. Presque tout est fait sur l'instant. Les préparations se font dans la journée et sont
alors mises à la carte. Les produits
éventuellement non consommés sont jetés le soir-même. L'exercice est
ardu et requière beaucoup d'expérience. La
carte est superbe : les entrées sont alléchantes, les viandes goûteuses,
les poissons délicieux et les desserts
divins. II est certain que les tortellinis d'araignées de mer du Cap-Corse, parfum mangue et huile de vanille
avec une infusion de persil plat ou bien la brandade de denti et fricassée de
moules sauce vinaigrette d'épeautre sont proches de
DU CAP...

.jpg)
l'agréable damnation. La côte épaisse de noir de Bigorre
juste rôti, ail violet en chemise et pommes rissolées ou encore l'épigramme de
veau corse, épaule aux échalotes confites quasi en croûte, noix poêlée et daube
en cassolette sont de vrais régals. La tour d'ivoire de chocolat blanc au cœur
fondant de fruits rouges et le millefeuille croustillant au praliné, marrons
glacés avec coulis passion-noix de coco et sa glace vanille sont quant à eux
envoûtants. Avec également son menu du Midi à 35 euros que le chef va
développer et améliorer prochainement et son menu Découverte le soir à 55 euros
qui allie pas moins de six à sept plats qui se suivent, le Pirate offre à ses
clients tout un ensemble de plats succulents. La carte des vins est aussi
d'exception car elle propose des dizaines de millésimes
régionaux insulaires et continentaux. Il est à noter que les pains,
mignardises et chocolats sont fabriqués par la maison.
>•
Passion, plaisir, amitiés et travail
Cette étoile Michelin est en
réalité le résultat logique d'un vrai travail d'équipe et de professionnels
passionnés qui prennent du plaisir en salle
et en cuisine, qui aiment leur travail et qui n'ont qu'un credo, celui
de satisfaire le client. Tous sont polyvalents, spécialistes dans leur domaine
d'activité mais capables d'aider leurs collègues dans leur partie. Le dialogue
et la créativité semblent les maîtres-mots.
L'amitié aussi.
Restaurant « Le Pirate »
Erbalunga
té! : 04 95 33 24 20
wwvv. restauraurantlepirate. com
Quel
est votre parcours en tant que cuisinier ?
J. Monmessin : J'ai un parcours assez
atypique pour un chef étoilé ! J'ai
suivi une formation au lycée hôtelier
de Gérardmer et j'y ai obtenu un Certificat
d'Aptitude Professionnelle, un Brevet d'Enseignement
Professionnel et un BAC en hôtellerie-restauration
option cuisine. A 19 ans, je suis
parti en Angleterre comme commis quelques années dans un restaurant. J'y ai terminé en tant que chef des cuisines. Entre temps, j'ai fait mon
service militaire au mess des officiers, ce
qui m'a permis d'apprendre la
pâtisserie et de parfaire mes
connaissances. Cette expérience a d'ailleurs été importante pour la suite de ma carrière car un bon cuisinier doit aussi être un bon pâtissier !
Je suis revenu en France. Je suis
entré comme chef de partie dans un
restaurant du Vaucluse, deux étoiles Michelin,
puis je suis parti à Contrexéville dans un restaurant gastronomique thermal où j'ai appris la cuisine diététique. J'y ai d'ailleurs écrit un
livre* avec un médecin. J'ai choisi
de partir ensuite à Courchevel dans
un établissement 4 étoiles luxe. C'est
là que j'ai rencontré une partie de l'équipe des cuisines du Pirate. Depuis quatre ans, après être arrivé ici en qualité de second, je travaille au Pirate. Cela fait deux ans que j'y suis chef des
cuisines. Durant ces années, je n'ai
fait que me former en suivant des
dizaines de stages dans divers établissements français.
m Que représente pour vous cette
étoile au Michelin ?
1. Monmessin : C'est pour moi un rêve
de gosse ! C'est la réussite d'une équipe. C'est
aussi une reconnaissance de notre
travail et cette étoile conforte les
choix faits jusqu'alors. Je suis honoré de faire partie des chefs étoilés que compte l'hexagone et plus
particulièrement la Corse. Nous
savons travailler ici et c'est bien
que cela se sache !
J-P Ricci : C'est une belle distinction
et c'est aussi un encouragement
fort à poursuivre ainsi. Nous ne
travaillons qu'avec des produits frais tel que le veau corse bio de
Jacques Abbatucci par exemple qui est une
viande d'exception ou encore la
pêche locale qui est de grande qualité. Nous sommes fiers d'avoir réussi notre pari et qu'on reconnaisse notre
professionnalisme.
n
Quelles
sont vos ambitions maintenant
1. Monmessin : Je voudrais bien
évidemment conserver cette étoile
et pourquoi pas en acquérir une autre. Je voudrais aussi faire tourner
ce restaurant à l'année.
JP Ricci :
Nous voulons continuer à nous faire plaisir
en travaillant d'arrache-pied ensemble et faire plaisir à nos clients en étant toujours plus forts.
On ne trouve pas beaucoup de cuisiniers et de chefs insulaires
dans la plupart des restaurants corses et a fortiori dans des établissements
étoilés alors que la Corse ne compte pas moins de trois lycées hôteliers
publics. Pourquoi selon vous ?
1. Monmessin : Il est vrai que rare
est le personnel corse dans les cuisines
renommées de l'île. II y a cependant
davantage de Corses en salle. Je
crois que la formation dispensée dans les lycées hôteliers est insuffisante et que les jeunes qui en
sortent ne sont pas prêts à se battre pour réussir.
Je rencontre beaucoup d'apprentis ou de commis qui font de la cuisine parce qu'ils ne savent pas quoi faire d'autre ou qui ne sont pas
passionnés. Certains sont de valeur et
veulent réussir, mais ceux-là sont
peu nombreux.
J-P Ricci : Je crois que pour bien
faire ce métier il faut pari., voyager et faire différentes maisons. Peu de jeunes Corses se battent pour se faire
une carte de visite. La formation en école est aussi la cause de ce constat. Je suis pourtant certain que beaucoup de jeunes Corses seraient
capables d'égaler les plus grands avec plus
de passion et surtout de travail acharné.
Le régime sans sel
– édition Hachette
n
F. Castellani